Locko, le génie invétéré du beau

Une fois n’est pas coutume. Locko Arthur, de par son amour pour la chose bien faite, vient encore de frapper fort ! Après le succès de son dernier single intitulé « Mêmes mêmes choses », il est passé dans une autre dimension. Avec originalité et inventivité, le chanteur camerounais, a en effet, tout au long de la semaine dernière tenu en haleine ses multiples fans par la mise en place et la publication de son projet de court métrage qui a déboulé sur un clip vidéo passionnant : « Au mariage de ma go ». Analyse et commentaire.
[irp]L’incroyable ferveur suscitée par cette réalisation n’a d’égal que le talent couplé au génie de Locko et de sa « Lockomotive ». « Si Dieu n’existait pas, il faudrait l’inventer », tranchait Voltaire en son temps. « Si Locko n’existait pas, il faudrait l’inventer », sommes-nous tentés d’écrire en notre temps. C’est que la pertinence des nombreuses œuvres du Camerounais et notamment de celle-ci, oblige une kyrielle de mélomanes à cette paraphrase qui sonne comme un sacrilège. Inspiré et motivé, le virtuose du Rnb, a fait de ce projet un hymne à la beauté, à la pureté, à la sobriété, sans trop d’excentricité. Un caractère pondéré qui va si bien à cet artiste qui s’inscrit dans la modernité.
Thèmes poignants, originalité saisissante
L’histoire de cette intrigue écrite par Tatapong Beyala, conçue par Fredy Manyango et Brisse Toukam, réalisée et tournée par Nkeng Stephens, mêle sensibilité et sensualité. A quelques encablures de la tragédie amoureuse, le clip vidéo autant que le court le métrage met en scène un amour mutuel qui se heurte à la question de la position sociale et de l’autorité parentale. Dans le court métrage, on peut apercevoir l’ire d’un richissime homme d’affaires, inquiet de voir sa fille épouser Locko, un simple artiste « voyou ». Après de nombreux investissements dans l’éducation de son enfant et de nombreux voyages offerts à celles-ci aux quatre coins du monde, il devient impossible pour le père de voir sa progéniture se perdre dans les bras d’une célébrité quelconque. Ayant déjà reçu la dot de sa fille, promise au fils du propriétaire de la PIA Bank, le géniteur entreprend alors de mettre fin à la vie de Locko. C’est ce qui constitue le fil conducteur de l’histoire. Dans un état comateux ou inerte, le poids lourd de la musique camerounaise assistera spirituellement au mariage de sa go. Regard porté sur l’artiste dans la société, amour, drame, émotions fortes, les scènes réalisées sont un pur régal.
[irp]Le bilinguisme magnifié
Dans le court métrage, le bilinguisme représente un élément essentiel sinon déterminant du décor. Alternant parfaitement l’anglais et le français, les deux langues officielles camerounaises, les différents acteurs ont joué savamment leur partition. Oui, il est possible d’être bilingue dans ce pays où les gentilés se dérobent le plus souvent lorsqu’il faut jouer avec les deux langues. Démonstration vient d’être faite par le truchement de ce court métrage qui se veut promoteur de notre identité culturelle et linguistique. L’utilisation des sous-titres est également un point positif à souligner. Pour ceux qui traînent encore le pas dans le maniement des deux langues, voici une belle occasion pour ne pas rester comme un chien devant sa télé. Seul point d’ombre au tableau, la mauvaise utilisation de l’impératif. Il faut écrire « écoute-moi très bien » au lieu de « écoutes moi très bien ». Ou encore « arrange » au lieu de « arranges. » Bref, les principes de conjugaison de ce temps sont à revoir. On ose croire que de telles coquilles ne se répéteront plus.
[irp]Le clip vidéo, l’apothéose d’une semaine haletante
Régalés et surexcités après le visionnage du court métrage jeudi, les fans trépignaient d’impatience à l’idée de voir le clip vendredi. Ils ont été séduits et conquis par ce travail dantesque : scénario passionnant, intrigue émouvante, habillement époustouflant, originalité impressionnante. Résultat des courses, au moment où ces lignes sont écrites, le clip vidéo n’enregistre pas moins de 201 mille vues sur YouTube et des centaines de commentaires sur les réseaux sociaux. La communication a été étincellante et a subjugué les mélomanes. Dans le clip, l’artiste, avec sa voix suave, percute les sens autant qu’il chatouille la sensibilité humaine. Les prises de vue sont appréciables et témoignent d’un professionnalisme avéré. Usant de puissantes techniques narratives, Locko et son équipe, ont fait du storytelling, la clé de voûte de leur projet. De succès en succès, ce chanteur, auteur et compositeur n’en finit donc pas, au fil du temps, de sidérer tout son monde. La trajectoire ascendante qu’il ne cesse d’arpenter n’est visiblement pas sur le point de fluctuer.