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Maradona, l’or qui retourne au sol

Diego Armando Maradona

Sous le choc, complétement submergé par le flot d’émotions, assommé comme déconnecté de sa mamelle nourricière, la planète entière dans le sillage de cette année si particulière, a reçu derrière la tête ce mercredi un assommoir létal en guise d’épilogue d’une saga à oublier définitivement. Au crépuscule d’une année où la misère et la tourmente ont arpenté différentes voies pour faire perdre la voix aux différents habitants du monde entier, il aura fallu par moment s’accrocher à des souvenirs pour faire naître en nous l’espoir d’un avenir des plus magiques. De la magie dans les souvenirs, Diego Armando Maradona occupait indubitablement une place de choix, lui qui a laissé à la postérité un héritage propice à l’innovation. Clap de fin d’une légende qui n’a jamais cessé de s’écrire et pour cause « Dieu est mort », pour reprendre la une du journal L’Equipe ce matin. Des suites d’un maudit arrêt cardiaque, « El pibe de oro », s’est donc éteint rangeant définitivement dans les illustres placards son génie et sa magie stratosphériques qui ont fait de lui l’un des plus grands joueurs de tous les temps.

A Buenos Aires, immédiatement après l’annonce de sa disparition, trois jours de deuil national ont été décrétés. Qui d’autre que le gamin en or pour attirer toute l’attention et provoquer une telle décision ? Qu’il soit mort ou vivant, inconscient ou non, le génie argentin sait faire parler de lui, au point de devenir, comme presque toujours le principal centre d’attraction de la planète.  Pleurs en mondovision dans les rues de Naples et de Buenos Aires, émotion soutenue dans la presse, témoignages poignants des légendes du sport, minute de silence accordée dans les matches de la quatrième journée de Champions League, rebaptisation du stade San Paolo à son nom…. Le baromètre pour mesurer son influence n’est encore qu’à son demi-dixième. Et ce n’est qu’un doux euphémisme.

Maradona, un Dieu sur terre ?

Plus qu’un humain, la plupart de ses fans le considèrent comme un véritable Dieu. Un blasphème diront les croyants, une métaphore aussi vraie que nature argueront les autres. « Quand ils me disent que je suis Dieu, je leur réponds qu’ils se trompent : je suis juste un joueur de foot », disait-il. Qu’à cela ne tienne, de son mètre 65, Maradona a durant sa carrière, au propre comme au figuré, titillé les sommets, reléguant au second plan toute logique sportive par son aura et sa vista. L’idole de tout un peuple a marqué son sport du sceau de ses ambitions démesurées et de ses coups de génies maîtrisées. Shilton le portier anglais qu’il a affronté lors de la coupe du monde 1986 ne dira pas le contraire. En deux actions qui résument le personnage à la fois fantasque et fantastique, el pibe de oro est passé de la « main de dieu » au « but du siècle ». Du but marqué de la main à l’éclair de génie qui a fourni un cocktail explosif ce soir-là, on retient de Maradona une facile habileté à passer de l’enfer au paradis. A l’issue d’une carrière remplie d’excès avec des virées nocturnes, coups de sang ou consommation de la cocaïne qui lui a valu notamment une arrestation en 1991, Maradona a toujours aimé jouer avec le feu qui lui a quelque fois brulé mais jamais ne l’a consumé.

Au-delà du football, une icône culturelle et un symbole politique…

Icone internationale, le gamin en or représentait, en dehors du football un emblème culturel et un symbole politique. Avec son charme ravageur, ses arabesques déstabilisants et sa fulgurance, Maradona a irradié le monde de son caractère unique qui a fait de lui un être définitivement à part. Rendant ses lettres de noblesse à la ville de Naples, ville qui ne faisait autrefois pas le poids face aux puissantes villes du Nord de la botte, il a su faire d’elle la capitale du foot italien. D’innombrables projets autour de la ville ont germé, le septième art ou les jeux vidéo lui ont consacré une part importante. Maradona a connu mille vies en une seule, avec toujours des opinions tranchées et des décisions assumées. La figure de Fidel Castro tatouée sur une jambe, celle du Che Guevara sur un bras : Maradona était un vrai sud-américain, proche des hommes de gauche de son continent. Il défendait sans hésitation Hugo Chavez face à George Bush.  Il soutenait Nicolas Maduro, et critiquait le président argentin Maurico Macri ou plus récemment Bolsonaro le président brésilien. En battant l’Angleterre lors de ce fameux match de la coupe du monde 1986, il a permis à son équipe de prendre une revanche symbolique sur ce pays qui les avait attaqués quatre ans plus tôt dans la guerre des Malouines.

Personnage romanesque à la fois inspirant et révoltant, Maradona a su faire pardonner ses frasques par son talent et son engagement en dehors des terrains. Pas étonnant que sa disparition provoque de telles émotions à travers le monde. « Si je meurs, je veux renaître et devenir footballeur. Et je veux redevenir Diego Armando Maradona. Je suis un joueur qui a donné du bonheur aux gens, ça me comble et ça me suffit ». Le gamin en or, il n’y en avait qu’un seul au monde et le trésor inestimable est définitivement retourné au sol, au grand dam des orpailleurs que représente la planète toute entière.

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